J’avais préparé mon TD beaucoup plus vite grâce à l’IA générative.
Le rappel de cours était clair, les exercices bien choisis et le support prêt à être utilisé.
Le problème est apparu face aux étudiants.
Je connaissais la matière, mais pas la séance.
Je mélangeais les exercices, j’hésitais sur leur enchaînement.
Je n’étais pas à l’aise et les étudiants l’ont senti.
L’IA avait produit le support. Je ne me l’étais pas approprié.
Si cela peut arriver à un enseignant expérimenté, les étudiants aussi se font piéger.
Je le vois régulièrement.
Un étudiant arrive avec un exercice terminé, tout est propre, mais se révèle incapable d’expliquer son raisonnement une fois au tableau.
Grand moment de solitude.
Disposer d’un résultat produit par l’IA n’a rien à voir avec le maîtriser.
Voici ce que nous allons voir ensemble :
pourquoi l’IA peut améliorer vos résultats en surface tout en dégradant votre apprentissage ;
comment la cadrer pour qu’elle vous fasse réfléchir avant de vous aider ;
comment l’intégrer à une méthode d’apprentissage en quatre étapes ;
le prompt que j’utilise pour transformer l’IA en tuteur.
En 2026, Shen et Tamkin ont publié une étude expérimentale portant sur 52 développeurs qui découvraient une bibliothèque Python.
Après une courte session, ceux qui avaient travaillé avec une IA ont obtenu en moyenne 50 % au test de maîtrise, contre 67 % pour le groupe sans IA.
Mais tous les participants utilisant l’IA n’ont pas obtenu les mêmes résultats.
Ceux qui s’en remettaient fortement à elle pour produire ou débugger leur code ont obtenu les scores les plus faibles. À l’inverse, ceux qui posaient des questions conceptuelles, demandaient des explications ou cherchaient à comprendre le code généré ont obtenu de meilleurs résultats.
Cette analyse suggère une chose : les usages qui préservent l’effort intellectuel sont associés à un meilleur apprentissage.
L’expérience reste limitée. Elle est courte, porte sur des développeurs et ne permet pas de tirer des conclusions sur l’ensemble des apprentissages universitaires. Mais elle met en évidence le mécanisme qui nous intéresse.
Lorsque l’IA supprime le travail intellectuel que l’étudiant devait accomplir, elle peut améliorer le résultat visible sans construire la compétence recherchée.
Mais si cette conclusion est intuitive, pourquoi est-il si facile de se faire piéger ?
Nous avons tendance à éviter les efforts dont le bénéfice est lointain ou invisible, surtout lorsqu’une solution immédiate se trouve à portée de main.
Dès que nous bloquons, nous pouvons demander un indice. Ou la solution.
L’IA répond immédiatement.
Nous avançons. Nous avons même parfois l’impression d’avoir compris. Mais cette impression peut être trompeuse : une explication claire semble souvent évidente lorsqu’on la lit.
Tout change lorsqu’il faut la reformuler, résoudre le problème ou agir sans assistance.
C’est à ce moment-là qu’on découvre ce qu’on maîtrise vraiment.
La difficulté et la friction ne sont pas des obstacles à l’apprentissage. Elles en font partie.
Chercher, se tromper, corriger son raisonnement ou débugger un programme sont précisément les opérations qui nous permettent de progresser.
L’IA, elle, ne nous avertit pas lorsque nous évitons ce travail. Elle reste disponible, prête à nous donner la réponse.
Elle n’a pas créé notre envie d’éviter l’effort.
Elle a simplement rendu la difficulté beaucoup plus facile à éviter. Et le système scolaire nous avait déjà appris à emprunter ce genre de raccourci.
Beaucoup d’étudiants n’utilisent pas d’abord l’IA pour mieux apprendre. Ils l’utilisent pour atteindre plus facilement le résultat qui sera évalué.
Ils lui demandent de résumer le cours, de produire une fiche ou de deviner ce qui risque de tomber à l’examen.
En apparence, c’est efficace.
En réalité, c’est un raccourci supplémentaire sur un apprentissage qui était déjà devenu un raccourci.
Le système scolaire a appris aux étudiants à optimiser leur effort pour passer les évaluations : réviser juste avant le contrôle, mémoriser ce qui sera évalué, obtenir la moyenne, puis passer au cours suivant.
Avec l’IA, une étape supplémentaire disparaît.
Plus besoin de faire soi-même la synthèse. Le résumé est prêt en quelques secondes.
Les étudiants optimisent pour l’objectif que le système leur a donné.
Le problème, c’est qu’ils externalisent la synthèse sans voir que la compréhension se construit justement pendant ce travail.
Ils obtiennent le produit visible de l’apprentissage (une fiche, un résumé, une réponse) sans accomplir l’opération intellectuelle correspondante.
Ils ont l’impression de travailler alors qu’ils évitent le travail de fond.
La solution n’est pas de renoncer à l’IA, c’est un outils incroyable.
Il faut lui donner un autre rôle : non plus produire le résultat à notre place, mais organiser l’effort qui nous permettra de l’obtenir.
L’IA ressemble à un cheval. Elle vous donne de la puissance et de la vitesse, mais elle ne sait pas où vous voulez aller.
Si vous ne tenez pas les rênes, elle suit son comportement par défaut : vous donner le résultat.
Elle corrige l’exercice, résume le cours ou vous entraîne vers des notions que votre professeur n’a jamais demandé d’étudier.
C’est donc à vous de décider de la direction.
Quel est votre objectif ? Sur quel cours doit-elle s’appuyer ? Peut-elle vous donner une réponse ou doit-elle commencer par vous interroger ?
Les rênes, ce sont les règles que vous lui imposez : rester dans le cadre du cours, poser une seule question à la fois, attendre votre tentative et ne pas fournir immédiatement la solution.
Mais comment la cadrer pour qu’elle reste concentrée sur le contenu à étudier, qu’elle vous aide à apprendre plutôt que réduire l’effort ?
L’IA introduit parfois des notions et un vocabulaire qui ne figurent pas dans mon cours. Elle peut aussi aller beaucoup plus loin que ce que j’attends.
Je le vois souvent dans les copies d’examen, les comptes rendus de TP ou lorsque j’envoie des étudiants au tableau.
Ils mobilisent parfois des notions extérieures alors qu’ils ne maîtrisent pas encore celles du cours.
Élargir le contenu du cours est évidemment une bonne chose. Mais je conseille toujours de commencer par comprendre et maîtriser le cours enseigné.
Vous pourrez ensuite élargir vos connaissances.
Les enseignants construisent leur cours avec une progression, un vocabulaire, un niveau de détail et des attentes précises. Si vous préparez un examen, c’est ce cadre que vous devez maîtriser en priorité.
Commencez donc par étudier votre cours. Donnez-le ensuite à l’IA et demandez-lui de s’y limiter.
Elle pourra vous aider sans introduire de contenu extérieur. Si la réponse ne figure pas dans le document, demandez-lui de le signaler au lieu de compléter avec ses propres connaissances.
Une fois le cadre maîtrisé, vous pouvez changer d’objectif. Utilisez alors l’IA pour approfondir, comparer ou explorer.
J’ai écrit un guide complet sur la méthode d’apprentissage que j’enseigne à mes étudiants et recommande à ceux que j’accompagne individuellement.
Elle repose sur quatre étapes que je rappelle rapidement ci-dessous :
définir un objectif ;
identifier son point de départ / ce que vous savez déjà ;
construire sa compréhension et s’entraîner ;
réactiver ses connaissances pour lutter contre l’oubli.
L’IA ne change pas cette méthode.
Elle peut en revanche faciliter chaque étape, à condition de respecter un principe essentiel : l’étudiant produit d’abord ; l’IA intervient ensuite pour questionner, vérifier et, si nécessaire, aider.
Ce principe et les 4 étapes sont intégrées au prompt disponible plus bas.
Avant de commencer, prenez un moment pour clarifier votre motivation et votre objectif.
La motivation donne une direction générale : pourquoi cette matière est-elle importante pour vous ?
L’objectif est plus concret : que voulez-vous être capable de faire à la fin de la session ?
Sans objectif clair, vous risquez d’optimiser pour le résultat le plus accessible : terminer un chapitre, produire une fiche ou relire avant de passer à la suite.
Vous aurez terminé une activité sans savoir précisément ce que vous cherchiez à apprendre.
L’IA peut vous aider à clarifier pourquoi vous travaillez, ce que vous voulez apprendre et comment ce chapitre se rattache au précédent.
Elle ne choisira pas l’objectif à votre place. En revanche, elle peut vous obliger à le formuler clairement.
Cette étape prend deux minutes.
La plupart des étudiants l’oublient, mais elle est indispensable
On ne construit pas une connaissance à partir de rien. Ce que vous savez déjà détermine ce que vous devrez apprendre.
Avant de commencer, essayez donc de restituer ce dont vous vous souvenez. Peu importe que ce soit très peu ou presque tout.
Expliquez le concept principal ou tentez un exercice sans consulter vos notes.
L’IA peut alors vous interroger et vous aider à repérer ce que vous maîtrisez, ce qui reste imprécis et ce que vous avez oublié.
À ce stade, son rôle n’est pas de vous aider à répondre.
Il est de rendre visible ce que vous ne savez pas encore.
Ces lacunes deviennent les objectifs de votre séance.
Cette étape est plus ou moins longue en fonction du stade d’apprentissage auquel vous êtes.
Lire n’est pas comprendre.
Relire n’est pas apprendre.
Étudiez une partie du cours, puis fermez vos notes. Essayez de la reconstruire avec vos propres mots.
Expliquez-la comme si vous deviez l’enseigner à quelqu’un. Vous pouvez aussi la représenter par un dessin, résoudre un exercice ou l’appliquer à un nouvel exemple.
L’IA doit examiner vos explications et repérer une imprécision, une contradiction ou une étape manquante.
Lorsqu’elle détecte une faiblesse, elle commence par vous poser une question. Elle peut ensuite vous donner un indice ou une explication, mais seulement si vous le lui demandez clairement.
Le cycle est simple : vous étudiez, vous essayez, l’IA repère les faiblesses, vous corrigez, puis vous recommencez sans aide.
L’IA accélère le retour critique. L’effort intellectuel reste le vôtre.
L’oubli est inévitable. Pour apprendre solidement et durablement, il faut réactiver plusieurs fois l’information.
Quelques jours après la première session, essayez de restituer le cours ou de refaire un exercice sans regarder vos notes.
Vous pouvez d’abord vérifier rapidement que votre objectif reste le même (étape 1) puis reprendre à l’étape 2 : restituer ce dont vous vous souvenez avant de revoir ce qui a été oublié.
Le principe reste le même. Vous restituez d’abord. L’IA vérifie ensuite.
Une réactivation peut rester courte lorsqu’elle cible les connaissances devenues fragiles. L’IA peut aussi vous aider à programmer la suivante.
J’ai construit un prompt unique qui applique cette méthode à toute une session de travail.
Il change la posture de l’IA.
Au lieu de vous donner immédiatement les réponses, elle vous pose des questions.
Au lieu de résumer le cours à votre place, elle vous demande de reformuler.
Au lieu de vous laisser croire que vous avez compris, elle cherche les faiblesses dans vos explications.
Le prompt repose sur quatre règles :
l’IA s’appuie uniquement sur le cours fourni, sauf si vous lui demandez explicitement de l’élargir ;
elle pose une seule question à la fois et attend votre tentative avant d’intervenir ;
elle signale d’abord les imprécisions et pose des questions avant de donner un indice ou une explication ;
lorsqu’une réponse ne figure pas explicitement dans le cours, elle le dit au lieu de compléter avec ses propres connaissances.
L’IA organise la séance.
Mais elle ne réalise pas le travail intellectuel à votre place.
Les abonnés gratuits peuvent télécharger ce prompt en PDF et le copier dans l’IA de leur choix.
https://gillesrautureau.substack.com/p/prompt-transformer-lia-en-tuteur
L’IA peut vous aider à produire plus vite un résumé, une fiche ou la solution d’un exercice.
Mais produire un résultat et apprendre sont deux choses différentes.
L’apprentissage commence lorsque vous devez expliquer, chercher, vous tromper, corriger votre raisonnement et recommencer.
Bien cadrée, l’IA peut devenir le tuteur le plus patient et le plus infatigable que vous ayez jamais eu.
Elle ne vous jugera pas si vous reposez cinq fois la même question et ne s’impatientera pas lorsque vous bloquez.
Mais c’est à vous de tenir les rênes : définir l’objectif, imposer les règles et vérifier qu’elle ne réalise pas le travail à votre place.
Une feuille blanche et un stylo restent parfois le moyen le plus simple de le vérifier.
L’IA peut aussi apporter de la variété à vos séances en vous faisant alterner explications, questions, exemples et exercices.
À la fin de chaque session, posez-vous cette question :
Que pouvez-vous encore expliquer, résoudre ou reproduire sans l’IA ?
Ce que vous parvenez à refaire seul constitue le meilleur indicateur de ce que vous maîtrisez à cet instant.
Ce que vous ne maîtrisez que partiellement vous indique ce qu’il reste à travailler. Et si vous ne pouvez rien reproduire sans assistance, l’IA a probablement réalisé l’essentiel du travail à votre place.
Personne ne vérifiera à votre place.
La réponse vous dira si l’IA vous a aidé à apprendre. Ou seulement à produire.
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